EmpreintE, du shibari en ouverture du festival Jerk Off

Nouvelle étape dans la démocratisation du shibari, cet art des cordes importé du Japon : le 15 septembre, en ouverture de la 8e édition du festival Jerk off, au Cirque électrique, on retrouvait une performance menée par les artistes FloZif et Solstix. Jerk Off se définit comme pluridisciplinaire et dédié aux cultures queer et alternatives, et faire passer l’alternatif dans l’espace public, c’est déjà lutter contre les discriminations et favoriser la compréhension. Un objectif qui fédère malgré l’adversité, puisque cette année le festival a pu être financé en partie via crowdfunding.

« Combattre l’ignorance, faire bouger les lignes, exploser les préjugés, remettre en question, déconstruire », tel est le leitmotiv du festival.

EmpreintE, c’est le nom de cette performance, mêlait shibari, jeux de lumières et travail sur le son pour se concentrer sur le rapport entre corps et mémoire. Mais au-delà de l’aspect évident de l’empreinte laissée par les cordes dans la peau – de longues minutes après la fin de la performance –, ce qui transparaissait des attitudes et des gestes, c’était l’impact profond laissé non seulement par l’attacheuse sur la modèle, mais par la modèle sur son encordeuse.

Photo © Florence Rivières

Là où la performance casse les préjugés, c’est dans son approche du rapport entre attacheur et attaché. Si le grand public a tendance à croire que ce premier a tout pouvoir sur son modèle, lequel serait soumis à ses décisions et presque victime, pratiquer le shibari amène rapidement à remettre cette conception en cause. En réalité, un signe du modèle suffit à faire cesser une session, et s’il ne dicte pas sa volonté à son attacheur, il a en revanche tout droit de lui dire de modifier quelque chose ou de s’arrêter et de le détacher. Le modèle lâche prise et s’abandonne dans les cordes, au fond, parce qu’il sait que son binôme ne franchira pas ses limites sans son consentement.

Photo © Florence Rivières

Plusieurs fois, au cours de la performance, le rapport change ; l’attacheuse devient l’attachée, le pouvoir change de mains, et lorsque la modèle une fois descendue après la suspension s’avance, les cordes profondément imprimées dans sa chair, vers sa partenaire, c’est sur le visage de celle-ci qu’on lit le bouleversement.

L’empreinte, c’est aussi celle de l’abandon et de la confiance totale qu’il faut pour se laisser attacher. Si les cordes marquent nettement le corps du modèle, elles s’impriment tout autant dans la mémoire de son partenaire. Et dans la nôtre, au passage…

En sortant, on peut entendre les spectateurs évoquer la performance et leur ressenti. Deux en particulier, apparemment des connaissances personnelles des deux performeuses, s’interrogeaient : le spectacle était-il aussi touchant – et donc accessible – pour des personnes ne connaissant pas le vécu personnel et l’histoire du duo ? Pari gagné pour nous : on y est allés totalement à l’aveugle, et pour autant, le spectacle nous a beaucoup touchés.

En savoir plus sur le festival Jerk off :
www.festivaljerkoff.com

Florence Rivières

Rédactrice

Couteau suisse autodidacte, Florence Rivières est comédienne, modèle, photographe, auteur... et amoureuse de thé, de découvertes et de voyages en nature.

1 commentaire
  1. Merci pour ce papier ! Je trouve juste dommage d’utiliser  » l’attachEUR, encordEUR, SON partenaire… » alors que les deux artistes se définissent comme des femmes, dans le cadre d’un festival queer et plutôt féministe. Ce serait cool de féminiser les personnes
    Merci et bonne journée

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.

Vous pouvez utiliser ces tags HTML et attributs : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>