Témoignage : Steve Morel, expat’ en Mongolie

Steve Morel est musicien, photographe et vidéaste. La première fois qu’il s’est rendu en Mongolie, il est tombé amoureux du pays et a souhaité s’y installer.

IMG_0041
Le Morin Huur est un instrument à deux cordes. Chacune d’entre elle est composée d’un bouquet de crin (ou de fil de nylon), un peu comme un archet. C’est un instrument au son bien spécifique, qui peut être accordé en Quarte ou en Quinte, et dont le haut du manche est orné d’une tête de cheval. Particularité, on ne touche pas le manche quand on joue, le contact se faisant entre le doigt et la corde – ce qui donne une amplitude de son bien particulière.

La première fois que je suis parti en Mongolie, c’était pour des vacances, le 11 juillet 2014. J’y suis resté deux mois par le biais d’un visa touristique, mais après un mois, j’avais déjà le sentiment de vouloir rester y vivre. J’ai alors cherché des solutions ; la mienne a été de devenir étudiant sur place.

Cours en cyrillique ou en vieux script… l’apprentissage de la langue écrite est un véritable challenge !

J’ai trouvé une école, qui – je ne m’en suis rendu compte que plus tard – est, avec seulement une soixantaine d’élèves, l’une des meilleures écoles de Mongolie ! Après un passage-éclair de dix jours en France le temps de vendre mes possessions, j’ai commencé à y apprendre la langue ancienne et la calligraphie. Ils enseignent également l’histoire, la littérature, la tradition… Les cours se font à moitié en cyrillique et à moitié en vieux script, il a donc fallu que je fasse une année de prépa, et avant cela, que je prenne des cours avec un professeur particulier.

6tag_150816-004738
Calligraphie disant « Gal Golomt » accompagné d’un poème traditionnellement offert aux jeunes mariés, dans lequel leur amour est comparé à la chaleur d’une flamme.

Ces démarches semblent assez fluides quand on les raconte comme ça, mais il faut savoir que je jouais du Morin Huur (la vielle à tête de cheval) depuis plusieurs mois, et ça m’a ouvert de nombreuses portes. J’ai joué dans des soirées pour expatriés d’abord, et une rencontre en entraînant une autre, j’ai développé assez de contacts pour trouver une école.

Les gens vivent dans l’instant présent. On est loin de l’organisation du temps à l’occidentale.

Les choses sont vraiment très différentes d’en France. En France, tout le monde a un emploi du temps, un planning, la ponctualité est très importante. Ici, pas du tout ! Héritage d’une vie de nomade (encore partagée par environ la moitié de la population), tout est un peu en freestyle, voire désorganisé pour un oeil occidental. Un concert peut s’organiser une dizaine d’heures avant le concert lui-même, on est vraiment dans une philosophie de vie centrée sur l’instant présent.

berndthaller2
© Bernd Thaller on FlickR – CC

Il est également très long de créer des liens, et je suis encore seul environ 80% du temps ; si, au début, je ne parlais pas la langue, ce qui était un véritable frein, je peux désormais discuter avec les gens, mais cela prend des années avant qu’un lien réel ne se crée entre deux personnes. Je vois un professeur particulier pour mes leçons de musique trois fois par semaine depuis un an maintenant, les cours ont lieu chez lui, j’ai filmé certains de ses concerts… Ce ne devrait donc plus être un inconnu, et pourtant la distance reste très marquée entre nous. Tandis qu’en France, quelques heures suffisent parfois pour créer un lien (parfois éphémère, parfois non), en Mongolie, c’est inenvisageable. Les gens peuvent être très accueillants, et vous offriront toujours du thé au lait, voire un thé sucré, mais vous ne deviendrez pas proches pour autant avant un long moment.

Le modèle de vie occidental commence à se répercuter très fortement sur la culture mongole.

En revanche, et notamment dans la ville, le modèle de vie occidental commence à se répercuter très fortement sur la culture mongole. On voit de plus en plus de grandes enseignes telles que KFC, des écrans géants diffusant des publicités pour le dernier 4×4 ou la dernière boisson à la mode, des centres commerciaux… apparaître d’année en année. Je ressens une grande envie des gens d’aller vers le confort et le luxe, et la « culture nomade » disparaît petit à petit… Il y a également de gros problèmes environnementaux ; Ulan-Bator est la seconde ville la plus polluée au monde après Beijing, et le pays n’est pas encore un exemple en termes de permaculture – il faut dire aussi que le climat (sec, avec de grandes différences de température, ndlr) n’aide pas. Alors, et surtout en hiver, la plupart des légumes sont importés de Chine, et pour le dire poliment, les carottes au goût de vaisselle m’ont fait, les premiers mois, repasser de mon régime d’alimentation crudivore et végétarien à omnivore ! Cependant, il y a beaucoup de problèmes de santé – de cancers de l’estomac notamment. Une prise de conscience est donc en train d’arriver, mais cela prend du temps.

eimarfredriksen
© Eimar Fredriksen on FlickR – CC

Mes journées sont assez routinières, entre les cours, la pratique de l’instrument… Parfois, je passe à la télé pour une interview, et de temps en temps, je pars à la campagne pour un ou plusieurs jours, dormir sous les milliers d’étoiles, avec les grands espaces, monter à cheval…

Hors des villes, les gens peuvent encore vivre « à l’ancienne » avec toutefois certains aménagements : ils vivent en yourte et vont chercher de l’eau à la rivière et au puits (ou en magasin), mais cela ne les empêche pas d’être équipés en panneaux solaires pour alimenter en électricité un congélateur, la télé, le téléphone… Cela reste malgré tout une vie très simple, centrée sur l’élevage du bétail – les bons éleveurs en ont entre 1000 et 2000 têtes.

thewanderingangel
© The Wandering Angel on FlickR – CC

Si je devais donner un conseil à quelqu’un qui aimerait s’installer en Mongolie, c’est de venir d’abord sur place avec un visa tourisme, et de se trouver des contacts une fois sur place. À mon avis, rien ne peut se faire à distance. Il sera aussi très difficile de s’en sortir sans connaître au moins les bases de la langue, et il faut savoir que la vie est aussi chère qu’en France, pour des salaires 4 à 5 fois moins élevées. C’est donc vraiment compliqué de s’en sortir si l’on arrive sans fonds et sans travail.

Je n’ai pas d’emploi ici, je vis donc sur les économies que j’avais faites en France avant de partir. Je commence, grâce à mes études, à avoir des compétences et connaissances suffisantes en musique et en calligraphie pour essayer de commencer à me professionnaliser un peu, ce qui est une bonne chose. Sans cela, une fois mon diplôme obtenu, je risque de devoir rentrer au bout de quelques mois, faute de finances.

berndthaller3
© Bernd Thaller on FlickR – CC

Et, pour les anglophones, voici une vidéo où Steve présente le Morin Huur de façon plus détaillée !

Florence Rivières

Rédactrice

Couteau suisse autodidacte, Florence Rivières est comédienne, modèle, photographe, auteur... et amoureuse de thé, de découvertes et de voyages en nature.

Pas de commentaires pour le moment

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.

Vous pouvez utiliser ces tags HTML et attributs : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>